De la stratégie au vivant, un même fil : regarder autrement
« J’ai été un chercheur et j’en suis toujours un, mais j’ai arrêté d’interroger les livres et les étoiles. J’ai commencé à écouter l’enseignement de mon âme. »
Djalâl Al-Dîn Rûmî
Au commencement
Très tôt, je fus éveillée au soin et à la perception du subtil par mon grand-père médecin, acupuncteur, homéopathe et astrologue. Je compris avec lui que prendre soin de soi ne se limite pas au corps, et que la médecine conventionnelle peut s’ouvrir à d’autres formes d’intelligence du vivant. Cette ouverture m’a marquée et n’a jamais cessé de m’orienter.
À travers des études exigeantes puis mes débuts dans la vie active, j’ai pleinement investi les modèles de réussite que la société me proposait. J’étais ambitieuse, curieuse, attirée par la complexité et le défi. J’avais aussi besoin de faire mes preuves.
En même temps, une grande question m’animait déjà : à quel point notre manière d’être, de décider et d’agir, façonne-t-elle le monde dans lequel nous vivons ?
Comprendre pour agir
J’ai commencé ma vie professionnelle dans le marketing chez Lancel. À cette période, plusieurs voyages personnels au Sénégal m’ont fait découvrir l’Afrique. La terre rouge m’a marquée. Quand je rentrais en France, j’en rêvais. Les voyages ont cessé, mais les rêves de terre rouge sont restés.
Puis j’ai rejoint le Boston Consulting Group, où j’ai découvert la pensée systémique et la puissance de cadres d’analyse permettant de regarder des problèmes complexes, d’en comprendre les interactions et d’identifier des leviers d’action.
Le BCG m’a aussi donné une ambition : être utile là où cela compte, et m’attaquer aux grands problèmes du monde. Je pensais alors que l’intelligence analytique, la stratégie et les outils dont nous disposions pouvaient permettre d’en comprendre les causes profondes et d’agir dessus.
Une idée m’est alors venue : si je voulais vraiment comprendre ce qui se passait dans le monde et être utile, il fallait aller sur le terrain.
Je suis partie dans l’humanitaire en République Démocratique du Congo.
Un déplacement du regard
Sur le terrain, confrontée à des situations de crise que rien ne réduisait à un modèle connu, j’ai dû déplacer mes repères.
Nous travaillions avec des cadres rigoureux : analyse des besoins, objectifs, indicateurs. Ils étaient indispensables pour analyser les situations et intervenir de manière structurée.
Et pourtant… Je me souviens d’un projet d’accès à l’eau. L’idée était simple : installer des puits pour éviter aux femmes de parcourir de longues distances pour aller chercher de l’eau. On pensait bien faire.
Mais ces trajets étaient aussi des moments où les femmes se retrouvaient entre elles et réglaient parfois des conflits dans le village. En supprimant ces déplacements, nous supprimions aussi, sans l’avoir prévu, un espace important de la vie collective.
J’ai compris que même une intervention construite avec rigueur pouvait laisser échapper quelque chose d’essentiel. Que certaines dimensions invisibles d’une situation pouvaient être aussi importantes que ce que nous avions appris à mesurer.
Revenir dans l'entreprise
Dans les programmes auxquels je participais, je voyais aussi apparaître les effets des dérèglements climatiques et, derrière eux, nos modèles économiques, nos modes de vie et nos choix individuels et collectifs. L’entreprise m’est finalement apparue comme un autre lieu essentiel où agir. J’ai rejoint Bolloré Transport & Logistics au Cameroun, avant de poursuivre au siège en France.
J’y ai découvert une entreprise internationale d’une autre dimension, avec des métiers très opérationnels et des infrastructures à forte intensité capitalistique. J’ai d’abord travaillé dans le contrôle financier, puis pris la direction financière d’une business unit, toujours sur le périmètre Afrique, avec des sujets de performance, d’investissement et de transformation, avant d’être en charge de la RSE.
Plus je connaissais l’entreprise, plus je voyais ce qui se jouait derrière les chiffres : les arbitrages, les contraintes, les dynamiques humaines, et ce qui permet réellement à une transformation de réussir. Je mesurais alors combien il est difficile de faire évoluer les choses lorsque ce qui est en jeu dépasse ce que les analyses donnent à voir et que les intérêts divergent. Je me demandais alors à quel point nos manières d’être, de percevoir et d’agir influencent les décisions et les transformations. Je voulais intervenir sur ce qui les conditionne.
À la source
Depuis l’enfance, j’ai poursuivi l’exploration de différentes manières de comprendre l’être humain et son rapport au vivant. J’ai notamment découvert l’Ayurvéda, médecine ancestrale proche de celle que pratiquait mon grand-père, ainsi que d’autres traditions.
J’ai appris à observer, à écouter avec davantage de discernement et à distinguer ce qui est réellement perçu de ce qui est projeté.
C’est ainsi, à la croisée de mon expérience de l’entreprise et des traditions du vivant, qu’est née l’écologie intérieure que je pratique et transmets aujourd’hui. Mon travail consiste désormais à créer les conditions pour regarder autrement les décisions, les transformations et les passages qui comptent.
Trois champs d’expérience au coeur de ce parcours
Expériences en entreprise
Formation initiale à HEC Paris, complétée par un programme à CentraleSupélec sur la transformation durable des organisations.
Début de parcours en marketing chez Lancel, puis conseil en stratégie au Boston Consulting Group.
Après une expérience dans l’humanitaire, je rejoins Bolloré Transport & Logistics où j’évolue pendant dix ans, en Afrique puis au siège, dans des fonctions financières, de pilotage de la performance et de transformation, avant de prendre en charge la RSE, toujours à l’échelle de l’Afrique.
Expériences de terrain
Engagement en Afrique avec Action contre la Faim, Trócaire et ALIMA. Fonctions de direction financière, administrative et opérationnelle, ainsi que coordination de programmes d’urgence.
Des contextes où les décisions se prennent au plus près du terrain, dans l’incertitude, avec des contraintes fortes et des conséquences immédiates.
Des expériences qui m’ont confrontée à des réalités éloignées des cadres habituels de décision, où il faut observer, s’adapter et agir avec les moyens disponibles.
Explorations du vivant
Un chemin engagé très tôt, sous l’impulsion de mon grand-père, et poursuivi tout au long de mon parcours.
J’ai suivi une formation à l’Ayurvéda à l’Académie française d’Ayurvéda, et exploré différentes traditions qui abordent le vivant comme un ensemble profondément interdépendant.
Ces approches ne proposent pas des méthodes à appliquer : elles modifient la manière d’entrer en relation avec le réel et rendent perceptible ce que nos cadres habituels de décision ne prennent pas en compte.